Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfants et des Jeunes

Intervention de Cécile Kindelberger, enseignante chercheuse en psychologie du développement à l’Université de Nantes

 

Les travaux de Cécile Kindelberger, psychologue et chercheuse, concernent essentiellement la construction identitaire des adolescents. Elle s’intéresse aujourd’hui davantage au temps vécu par les adolescents qui a été très peu étudié jusqu’à présent. Elle constate en particulier que le rythme veille/sommeil n’est pas respecté alors que les adolescents, du fait des bouleversements pubertaires, vivent un ‘décalage de retard de phase’ qui les conduit à naturellement s’endormir et se réveiller plus tard.

Perception du temps

Contrairement aux enfants qui, lorsqu’on les interroge sur ce qu’ils veulent faire plus tard, s’appuient sur le présent et imaginent leur avenir en fonction de ce qu’ils vivent (« Je serai ce que je suis »), les adolescents sont dans le temps présent mais il s’agit pour eux de construire une nouvelle identité alors qu’ils vivent une période émotionnelle intense où le contrôle de soi reste fragile. Ils peuvent avoir des comportements variables parce qu’ils cherchent ce qu’ils peuvent devenir et qu’ils construisent des perspectives temporelles. Il y a alors inversion de temporalité (« je suis ce que je serai »).

Peu d’études distinguent les élèves des lycées professionnels des autres lycéens, mais il semblerait qu’ils se projettent davantage sur l’avenir avec des références sur leur futur métier et la construction d’une vie familiale garants d’un abandon de leurs travers du moment (consommation d’alcool et de tabac notamment).

Diversité des projets

Une étude longitudinale d’ampleur, de la seconde à la terminale, a montré une grande diversité dans l’évolution des projets. A la question « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » des jeunes ont au départ un projet établi, pour d’autres, le projet est plus flou. Certains élèves ont un projet précis qui ne change pas au long des trois années de lycée. D’autres ont changé radicalement de projet, fixes au début, ils deviennent plus flous ensuite ; à l’inverse, indécis au départ les projets deviennent précis.

Construction de l’identité : l’imaginaire

La première construction identitaire se fait sur le professionnel. Elle développe la dynamique identitaire chez les adolescents et elle met en jeu l’ensemble des constructions identitaires. Mais elle s’inscrit aujourd’hui dans un contexte marqué par l’allongement des études et l’incertitude sociale.

Il existe des modèles théoriques sur la construction du projet identitaire qui montrent qu’il y a une part d’imaginaire et une confrontation aux contraintes réelles. Des obstacles divers peuvent surgir. Les adolescents doivent composer avec les attentes familiales, scolaires et sociales. Certains construisent leur identité dans la continuité de leurs parents, d’autres en opposition. Mais ces obstacles sont nécessaires pour construire un projet réaliste.

Certains jeunes ont leur projet à long terme qui détermine les objectifs, les priorités et les choix. Si des difficultés surgissent ils risquent des déceptions car il leur est difficile de modifier la construction de leur projet. D’autres avancent étape par étape et s’adaptent en fonction des aléas de leur parcours.

Construction de l’identité : le prestige

Les adolescents se projettent moins dans un métier précis que dans l’identité sociale associée à celui-ci : prestige, reconnaissance, mode de vie ou représentation genrée des professions.

Le prestige de la profession joue un rôle important. La réflexion se situe autour du niveau minimal de prestige du métier par rapport au niveau maximal des efforts à accomplir pour y parvenir. Autrement dit : quelles sont les professions acceptables par rapport au prestige et aux efforts à fournir pour y parvenir ?

Le regard des pairs compte beaucoup. Les jeunes s’engagent dans des filières pour rester avec leurs amis.

L’emprise familiale dans la construction identitaire est forte également. Au départ les adolescents veulent se dégager de l’emprise familiale. Certains fonctionnent donc en opposition. D’autres au contraire construisent leur identité dans la continuité de celle des parents, mais sans qu’il y ait d’exploration, d’autres enfin réfléchissent à des options légèrement différentes, tout en restant dans le même champ professionnel.

Enfin, Cécile Kindelberger rappelle que les projets des jeunes dépendent largement des ambitions portées par leur entourage. Les attentes des enseignants varient selon les territoires et les milieux sociaux, tout comme les questions de mobilité géographique, particulièrement importantes pour les jeunes issus des zones rurales.