Confinement, déconfinement : réflexions de l’ORTEJ - ORTEJ - Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfan… https://t.co/SwT92Aaark
17/06 à 11:50  - Rafraichir - Répondre

Les thématiques de l’ORTEJ

  • Conciliation des temps de vie

    Comment concilier les temps de vie des enfants, des familles, des professionnels de l’éducation en visant le bien-être de tous et le développement optimal des enfants ?

    Éducation et développement de l’enfant

    Quels sont les dispositifs éducatifs et les initiatives les plus adaptées à la prise en compte des rythmes biologiques et psychologiques dans le développement de l’enfant ?

    Chronobiologie et chronopsychologie

    Comment les rythmes biologiques, psychologiques et sociaux influent sur l’action éducative ?
    Quelles sont les concepts, théories et travaux scientifiques sur les rythmes touchant d’autres enjeux ou populations et pouvant éclairer cette problématique ?

Ecole résiliente et école apprenante

Par Georges FOTINOS

La crise mortifère qui s’apparente à une crise anthropologique et le confinement général déclenchés par le Covid-19 viennent de provoquer une rupture violente des liens pédagogiques et éducatifs en présentiel. Liens qui s’exerçaient dans un univers scolaire structuré de façon dogmatique par des organisations de temps et d’espace davantage centrées sur le fonctionnement de systèmes (économique, sociaux, familiaux, politique) que conçues comme leviers et vecteurs du bien-être et de la réussite scolaire.
Face à cette situation radicalement nouvelle surgissent à l’initiative de la très grande majorité des « acteurs de terrain », de puissantes dynamiques convergentes et interactives de changement qui ébranlent l’ensemble de cette « doxa ».
Initiatives souvent sous-tendues par la prise de conscience par les enseignants mais aussi par les personnels d’encadrement et d’éducation de pouvoir trouver des réponses adaptées aux élèves dans la force de l’autonomie de l’établissement et l’appropriation de la liberté de créer et d’innover.
En effet, soit par notre implication professionnelle directe soit par l’observation de la vie de nos familles, nous saisissons tous que les temps éducatifs dits formels et informels viennent d’éclater dans leurs formes et dans leurs contenus ; leurs frontières sont devenues floues, incertaines, quand elles n’ont pas disparu. Les rôles et missions des acteurs de la « communauté éducative » se modifient rapidement.
Par délégation implicite ou explicite de l’Etat, sont confiées à toutes les familles françaises, aux associations éducatives et aux collectivités locales, mais aussi à des entreprises privées, des activités à forte consonance pédagogique. Ce qui, de façon dramatique, dans les milieux sociaux paupérisés ne peut qu’aggraver les inégalités scolaires, sociales et territoriales de leurs enfants jusqu’à les rendre irréversibles. Alors que pour d’autres familles cette situation s’est révélé comme le moment déclencheur de la prise de conscience de leur responsabilité éducative.
Responsabilité qu’ils ne manqueront pas de revendiquer et de vouloir transformer en actes de coéducation à la sortie de cette pandémie. Sachant que pour tous l’objectif final de cette demande - validé par un ensemble d’études nationales et internationales qui met en évidence la forte corrélation entre la participation des parents à la vie de l’école et de la classe et la qualité de la scolarité des enfants- doit être le bien-être à l’école et la réussite scolaire dans un contexte lesté durablement par la question de la sécurité sanitaire face au risque de transmission du Covid-19
A souligner ici une situation d’exception : la quasi-unanimité des familles (dont 12 millions de parents d’élèves) reconnaît en ce moment le rôle irremplaçable de l’école et du maître. Fort de ce consensus et de ce soutien national ne serait-ce pas le moment le plus opportun pour revaloriser fortement le métier d’enseignant et plus largement celui de l’équipe éducative ?
Sous nos yeux émerge actuellement ce que beaucoup refusaient de voir car remettant en cause l’équilibre du fonctionnement vertical de notre système éducatif et très lié à l’organisation des temps et des espaces scolaires, péri et post scolaires : le caractère global de l’éducation. Que ce soit par l’école, les parents, les collectivités locales, les associations éducatives, les pairs, les universités dans leur dimension de démocratisation du savoir sur tous les territoires, « le monde infini du savoir numérique… ».
Cette entrée qui met en évidence l’absolue nécessité de liens entre ces différents lieux d’éducation, repose sur le constat scientifique de l’importance du phénomène de transfert des apprentissages, particulièrement bénéfique pour la réussite scolaire et le comportement social de tous les élèves. Phénomène fortement accentué dans les réseaux d’éducation prioritaire. En corollaire, il est constaté que cette organisation permet d’introduire un suivi bienveillant ainsi que des évaluations et/ou autoévaluations plus tournées vers l’acquisition de compétences. Elle prépare in fine au rôle de citoyen et au « Vivre ensemble » afin de créer une communauté de destin.
Sous nos yeux et paradoxalement le confinement met en mille morceaux l’organisation règlementaire du travail des enseignants et des élèves (fondée sur le temps de travail hebdomadaire des enseignants) et son cadre annuel, le « sacro-saint » calendrier scolaire qu’il s’agisse de la place, la nature, les dates des examens et concours, de la place, la fréquence, la durée des vacances (petites et grandes), l’organisation de la journée et de la semaine. L’algorithme « temps scolaire » est actuellement obsolète.
Ne serait-ce pas le moment - sur le modèle de l’éducation globale intégrant dans sa définition la coéducation, l’espace éducatif local ou territorial, comme nous y invite par exemple l’UNESCO avec les villes apprenantes, et l’autonomie des établissements - de prendre en compte et de s’appuyer sur les changements de mentalités en cours des acteurs éducatifs et d’ouvrir grandes les portes de l’expérimentation promue au chapitre II article 38 de la loi du 29 juillet 2019 ?
In fine, deux recommandations fruit de l’expérience et de la mémoire :
Tout changement d’orientation de politique éducative nationale, même réalisé avec un consensus collectif, ne peut rester pérenne qu’en considérant que la formation initiale et continue - tant des enseignants et des personnels d’éducation que des personnels d’encadrement - est le socle fondamental de l’école en devenir.
Ne pas prendre en compte ces mouvements profonds de changement de mentalité, de comportement, de pratiques qui secouent notre société éducative et libèrent les énergies individuelles et collectives serait une erreur dangereuse pour notre Ecole, creuset des valeurs républicaines. Ce serait la porte grande ouverte à la loi du marché dans l’éducation.

*Organisation apprenante : « dans les organisations de travail apprenant les salariés sont souvent polyvalents, participent activement à l’élaboration des objectifs de la hiérarchie, apprennent en continu et disposent d’une forte autonomie. Elle favorise la qualité du travail , le développement des compétences et la diffusion des innovations ».
France stratégie (Evaluer, Anticiper, Débattre, Proposer)
Promouvoir les organisations de travail apprenantes enjeux et défis pour la France (Note de synthèse Avril 2020).

*Résilience : Capacité à vivre, à se développer en surmontant les échecs traumatiques, l’adversité. Capacité (d’un écosystème, d’une espèce) à retrouver un état d’équilibre après un événement exceptionnel) Petit Robert

Georges Fotinos
Docteur en géographie
Ancien Chargé d’Inspection Générale de l’Education Nationale (Etablissements et Vie Scolaire)
Membre du Comité scientifique de l’Observatoire des Rythmes et des Temps de vie des Enfants et des Jeunes (ORTEJ)

georges.fotinos chez wanadoo.fr

Twitter @ObsORTEJ

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