Rencontre entre la conseillère spéciale du ministre de l'Education nationale et l'ORTEJ https://t.co/WwzXvEwbgI
8/08 à 10:12  - Rafraichir - Répondre

Les thématiques de l’ORTEJ

  • Conciliation des temps de vie

    Comment concilier les temps de vie des enfants, des familles, des professionnels de l’éducation en visant le bien-être de tous et le développement optimal des enfants ?

    Éducation et développement de l’enfant

    Quels sont les dispositifs éducatifs et les initiatives les plus adaptées à la prise en compte des rythmes biologiques et psychologiques dans le développement de l’enfant ?

    Chronobiologie et chronopsychologie

    Comment les rythmes biologiques, psychologiques et sociaux influent sur l’action éducative ?
    Quelles sont les concepts, théories et travaux scientifiques sur les rythmes touchant d’autres enjeux ou populations et pouvant éclairer cette problématique ?

Evaluer les impacts des aménagements du temps scolaire

Quels enseignements du passé pour répondre à cette « ardente obligation » ?

Par Georges FOTINOS

Evaluer les impacts d’une politique c’est d’abord déterminer et mesurer si les objectifs définis par le projet initial sont atteints. C’est ensuite dans le cas d’échec apporter soit les inflexions requises pour atteindre ces objectifs soit définir un nouveau projet. Qu’en est-il pour le sujet d’importance qui nous réunit aujourd’hui : l’organisation actuelle du temps scolaire en France ?

Afin de tenter de répondre à cette question il me paraît opportun de partir des travaux menés sur l’évolution du temps scolaire en France .Cette vision diachronique est en effet révélatrice de la diversité des objectifs poursuivis. Elle se révèle une aide à l’analyse des situations actuelles ainsi qu’à la réalisation d’outils d’évaluation.

D’abord 3 exemples qui mêmes s’ils vous semblent a priori très éloignés dans le temps sont révélateurs d’objectifs « invariants » concernant l’organisation du temps de l’école.

  • En 1567 un nouveau règlement dans les collèges de la Compagnie de Jésus indique : » L’expérience montre que 3 heures consécutives d’enseignement le matin et 3 heures l’après-midi mettent en danger la santé des nôtres et ne valent rien non plus pour celle des élèves. Aussi est-il ordonné que dans nos écoles il ne sera plus enseigné que 2h 30 le matin et 2h 30 l’après-midi.
  • L’arrêté du 2 septembre 1800 à l’initiative du 1er consul supprime les vacances de l’enseignement secondaire et accorde « aux élèves qui se seront bien conduits » la permission d’aller en vacances tous les 2ans.
  • En 1859 pour l’Inspecteur Général des études Louis de Lens « L’emploi du temps quotidien doit réserver des alternances de repos et d’études et organiser l’ordre dans lequel les objets d’enseignement se succèderont selon leurs difficultés. On perçoit déjà à travers ces directives quelques-uns des principaux objectifs qui ont traversé le temps : la santé des élèves et des enseignants, l’emprise du politique, les liens avec l’organisation pédagogique.

De façon plus contemporaine et par une analyse plus précise des changements concernant le temps scolaire depuis plus d’un siècle on peut relever quatre grandes catégories d’objectifs poursuivis par le législateur

  • sociopolitique (1882-1912) implantation de l’école publique, laïque et gratuite (vacances très courtes)
  • Socioéconomique (1912-1961) vacances d’été allongées (main d’œuvre rurale et congés payés ouvriers)
  • Economique (1961-1980) création des zonages, suppression samedi après-midi(tourisme, week-end)
  • Psychopédagogique (1981-1998) le temps au service de l’élève (apprentissage, bien-être).
  • Socioéducative (1998-2013) activités éducatives périscolaires

Au regard de ces changements peut-on dire que les objectifs pour certains fortement implicites, d’autres longuement explicités et pour une majorité non évalués par des recherches scientifiques ont-ils été atteints ; certainement oui pour les objectifs politiques sociaux et économiques et en partie non pour ceux concernant l’objectif du progrès éducatif.

Il est important ici de se rappeler que dès 1959 la revue française d’hygiène et de médecine scolaire et universitaire indiquait que « la santé mentale et physique de l’enfant n’est en rien bénéficiaire de 163 jours de classe effectués pour 202 jours de congés » et que « l’équilibre de l’année scolaire doit tenir compte uniquement de l’évolution de l’enfant, des réactions de son système nerveux au cours de sa croissance. Une période de 6 semaines de travail intellectuel effectif doit être ainsi tenu comme une séquence maximale ». In fine la revue souhaite « que soient mise en place de véritables études sur l’impact du temps scolaire sur les élèves mais aussi sur les enseignants. Les études les plus récentes notamment celles de l’académie de médecine vont dans le même sens.

Et pourtant les quelques trente évaluations des expérimentations réalisées par des organismes de recherche, des laboratoires universitaires mais aussi par les ministères concernés (jeunesse et sports, éducation nationale, culture) et le Commissariat au Plan entre 1984 et 1998 [1] montrent les bénéfices retirés lorsque les aménagements du temps scolaire sont construit au service des élèves et reposent sur une continuité éducative entre les enseignements scolaires et les activités périscolaires. Bénéfice tant pour les élèves et les enseignants que pour le fonctionnement de l’école et ses partenaires éducatifs.

A noter à ce sujet 3 faits qui méritent réflexion :

  • Les changements portant spécifiquement sur le calendrier scolaire, pourtant pièce maîtresse de l’édifice « temps scolaire » n’ont fait qu’une seule fois en 30 ans l’objet d’une évaluation et seulement par un rapport intermédiaire portant sur 1 an d’application d’un nouveau calendrier fortement innovant dit le 7/2 (succession régulière de 5 périodes de travail d’environ 7 semaines entrecoupées de périodes de courtes vacances de 2 semaines).
  • Le changement radical et brutal de la durée de la semaine scolaire ramenée à 4 jours n’a donné lieu à aucune évaluation
  • L’organisation du temps scolaire selon les décrets « Peillon » et « Hamon » n’inclut pas la nécessité d’évaluer les dispositifs.

Au regard de cette situation , de l’engagement financier de l’état , de l’extrême diversité des réalisations locales il semble urgent de mesurer les impacts réels des changements d’organisation du temps scolaire en priorité sur les élèves mais aussi sur les enseignants , les animateurs , le climat de l’école , le projet éducatif local ; D’une part pour éventuellement infléchir ou réorienter le projet, d’autre part ajuster l’aide de l’Etat à l’engagement des acteurs et à la réalisation des objectifs.
La pérennité de la réforme des rythmes en dépend étroitement.

Notes

[1La liste exhaustive de ces recherches accompagnées d’un résumé sera bientôt consultable sur le site de l’ORTEJ www.ortej.org

Twitter @ObsORTEJ

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